Un apport nouveau concernant les files de pierres érigées
l'exemple de l'île d'Hoedic (Morbihan)
Diaporama support de la conférence de
Jean-Marc Large
pour les Cours du Mardi du GVEP
8 mars 2011

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L'île d'Hoedic forme une excroissance granitique et sableuse située sur la frange granitique partant de Quiberon et se dirigeant vers Noirmoutier.
Pendant la Préhistoire récente (entre 7500 et 6500 ans), sa configuration était sensiblement différente en raison de la remontée progressive du niveau marin.
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Selon les courbes de variation des niveaux marins le niveau de la mer était situé
entre –13 et –6 m plus bas que l'actuel vers 5500 avant J.-C.
puis entre –6 m et –4 m vers 4500 av. J.-C.
La configuration insulaire était donc radicalement différente de l'actuelle.
Vers 5500 av. J.-C., Hoedic formait un complexe insulaire rattaché à Houat. Cet ensemble était séparé du continent (Quiberon) par le passage de la Teignouse. Puis, vers 4500 av. J.-C., les îles de Houat et d'Hoedic se séparent.
On estime que le territoire insulaire était 6 fois plus étendu que l'actuel à la fin du Mésolithique, c'est-à-dire vers 5500 av. J.-C. Ce qui laisse songeur sur le nombre de sites d'occupations humaines qui doivent se trouver sur le fond de la mer...
Dans les années 1930, un couple d'industriels lorrains, les Péquart, fouille une nécropole datée de la fin du Mésolithique et concernant les derniers chasseurs-cueilleurs. Cette nécropole, avec celle de Téviec toute proche (isthme de Penthièvre), forme un des plus beaux ensembles funéraires connus de cette époque.
Les squelettes, saupoudrés d'ocre et protégés pour certains par une armature en bois de cerfs, étaient particulièrement bien conservés en raison de leur enfouissement à l'intérieur d'un amas coquillier qui neutralise l'acidité naturelle du sol.
Les témoins architecturaux de la Préhistoire récente et, notamment, du début du Néolithique sont nombreux sur l'île. On y trouve des files de pierres dressées, comme celle du Paluden (110 m de long, 35 blocs érigés).
D'autres files de pierres dressées comme à la Pointe du Vieux Château.
Mais aussi des tertres sans doute funéraires, souvent en relation avec ces files de pierres dressées.
Sur le formidable site du Menhir de la Vierge, en plus de la grande stèle, un tertre est visible sur le chemin piétonnier qui traverse le site et le dolmen de la Croix est encore enfoui dans sa masse tumulaire.
Lors de nos travaux de prospection, nous avons sondé quelques monuments afin de déterminer leur potentiel archéologique.
Les dolmens de Port-Louit et du Télégraphe ont été reconnus. Ils ont malheureusement été vidés lors d'introductions anciennes (à l'Âge du fer pour le dolmen de Port-Louit) ou d'explorations plus récentes (en 1924 pour le dolmen du Télégraphe).
Le monument de Beg Lagad est apparenté à un coffre en pierre plutôt qu'à un dolmen. Il se pourrait qu'il soit de facture très ancienne, à mettre en lien avec les files de pierres dressées.
Depuis 2005, nos efforts se sont concentrés sur une zone particulière de la côte nord de l'île. Nous avions l'occasion d'étudier de près des files de pierres dressées, néolithiques, dans des conditions exceptionnelles :
le sol d'origine était conservé car cette partie de l'île n'avait pas connu de transformations agricoles et la dune protégeait les sites.
Cette étude fait écho à d'autres sites continentaux de la région de Quiberon-Erdeven-Carnac-Locmariaquer dans le sud du Morbihan ainsi que la région de St-Just en Ille-et-Vilaine.
Carnac est bien connu pour ces files de pierres dressées mais leur origine n'avait jamais été prouvée, leur sens jamais approché et leur confection débutait.
Nous avions l'occasion à Hoedic d'en savoir un peu plus sur le mystère de ces files de pierres dressées. Pour ce faire, nous avons choisi le petit site du Douet qui laissait pointer au-dessus de la dune 4 blocs bien alignés.
En coupe de falaise, nous avions remarqué la présence d'un sol ancien.
En fait, en fin de fouille, ce sont 8 blocs alignés sur une dizaine de mètres qui formaient le dispositif architectural.
Cette file de pierres était érigée au bord d'une dépression qui est un couloir d'érosion marine partiellement comblé.
La file se trouve donc à la limite entre une dépression et le massif granitique présent sous la dune.
La file est alignée sur l'axe du lever du soleil au solstice d'été.
Les blocs qui formaient cette file ont été extraits du substrat. Il ne s'agit donc pas de blocs récupérés sur l'estran. Examinons deux d'entre eux.
Le bloc qui est situé à l'extrémité sud-ouest a une forme évocatrice. Il s'agit donc d'une stèle.
Est-ce une représentation féminine ?
Ce bloc présente une face d'arrachement très nette. Les Néolithiques ont donc choisi ce bloc pour sa forme évocatrice.
Sa face d'affleurement présente des aménagements volontaires qui lui donnent une silhouette tout à fait particulière.
Les deux chicots sont naturels. C'est une particularité exceptionnelle : si les blocs qui ont un chicot sont assez fréquents, ceux qui en ont deux accolés sont rarissimes.
Des enlèvements de matière permettent de dégager un épaulement et une base amincie.
A la base de la face d'affleurement, les Néolithiques ont effectué des traits de percussion afin de matérialiser un entrejambe et un sexe.
L'enlèvement plus profond à droite a été effectué à partir d'une fissure naturelle du bloc.
La forme de la stèle évoque des représentations féminines que l'on connaît dans la statuaire du 5e millénaire av. J.-C., notamment dans la région parisienne (Fort-Harrouard et Maizy), mais aussi dans les régions plus continentales de l'Europe ou du Proche-Orient.
Le bloc M3 est très particulier aussi. Il est disposé de chant.
Il présente lui aussi une face d'arrachement très nette et sa face d'affleurement comporte une grande vasque naturelle dont la base a été aménagée.
Cet aménagement est perceptible par un enlèvement de matière et un « égrisage » (un aménagement par percussion au percuteur en pierre). Il s'agit d'effectuer une surface plane permettant de recevoir un ou plusieurs objets en présentation.
En élargissant la fouille, nous avons mis en évidence deux zones d'extraction de blocs.
La première se situe à l'ouest du bloc M4.
Le rocher naturel présente à cet endroit un négatif d'enlèvement d'un bloc. L'enlèvement a été effectué par la technique du choc thermique après un nettoyage des fissures du granite.
Certains blocs alentour ont été brisés en raison de l'enlèvement du bloc principal.
A l'ouest du bloc M1, la trace d'un décaissement d'un bloc de granite est bien visible. Ses bords présentent des encoches et des dépressions caractéristiques de l'enlèvement du bloc principal.
A l'est du bloc M3, disposé de chant, un calage de poteau a été mis en évidence.
Si l'on considère la ligne formée entre ce calage et la base de la vasque du M3, elle est orientée selon du lever du soleil au solstice d'hiver.
Sur le sol d'origine, au contact de la base du M3, des dépôts de galets ont été découverts.
Le premier est un ensemble de 14 galets très stéréotypés : il s'agit de longs galets plats et larges, disposés en faisceaux comme s'ils avaient été déposés dans un contenant en matière périssable.
Devant le M3, un autre galet naturel, avec une forme anthropomorphe très nette pouvait être l'élément déposé sur la base de la vasque, en exposition.
A l'ouest et à la base du bloc M4, qui a une forme naturelle très suggestive, lui aussi, a été retrouvé dans sa fosse de calage une lame de hache polie en fibrolite, roche tenace dont l'origine peut être bretonne ou ibérique.
Sur le sol ancien, à l'est du bloc M1, une dalle plate de granite évoque une stèle anthropomorphe avec ses deux épaulements qui dégagent une tête.
Un autre bloc du même type a été retrouvé en réemploi, brisé, mais avec une trace très érodée de crosse, représentation assez courante dans l'art mégalithique de la région.
À la base orientale de la stèle féminine M1 a été retrouvé un petit vase en forme de bol.
Il était entièrement reconstituable et présente une forme ancienne rattachable à un complexe techno-culturel du début du 5e millénaire av. J.-C.
D'autres céramiques de la même ambiance techno-culturelle, déposées sur le vieux sol, ont été découvertes.
Près du bloc M1, les restes d'un foyer ont permis une datation radiocarbone confirmant la mise en place de la file de pierres dressées au début du 5e millénaire av. J.-C.
Au 4e millénaire av. J.-C., la file de pierres connaît quelques modifications.
Pour une raison que l'on ignore, un bloc va être déplacé (M6) et un autre va être « bousculé ».
Les preuves de ces déplacements nous sont données par la présence sous ces blocs d'un niveau sédimentaire qui s'est déposé entre le moment de l'occupation initiale et le moment du réaménagement.
La file de pierres va alors servir d'arête centrale à un mur.
Le site perd sa fonction symbolique pour prendre une fonction utilitaire.
Avec, toutefois, un dépôt surprenant : à côté d'un fragment de céramique, un galet naturel a été aménagé pour évoquer une forme animale (phoque gris ?).
Afin de répondre aux multiples questions amenées par l'étude d'une file de pierres dressées, il a été convenu d'étudier un autre dispositif comparable qui se situe à une centaine de mètres plus à l'ouest du précédent.
Le programme de travail, toujours en cours, nécessite quatre ans d'investigations.
Il s'agit là encore d'une file de pierres dressées qui émerge à peine de la dune actuelle et qui est situé au contact d'un rocher naturel et d'un grand couloir d'érosion marine appelé le Groah Denn, ce qui signifie la grotte de l'homme.
Un premier sondage, effectué en 2007, a pour but de valider l'importance archéologique du site.
A la base, sur le vieux sol, deux ensembles de galets côtiers matérialisent une aire qui a été perturbée par le chemin piétonnier le long du trait de côte.
Plusieurs dépôts ont été découverts. Il s'agit d'une céramique brisée, de toutes petites lames de hachettes polies, de galets.
A la base du bloc érigé M10, un autre dépôt apparaît avec céramique, galets et petites lames de haches polies.
A la base du bloc érigé M10, un autre dépôt apparaît avec céramique, galets et petites lames de haches polies.
L'extension de nos travaux à partir de 2009 nous a permis d'aller plus loin dans l'investigation du site.
Les pierres dressées, de petite taille, sont enchâssés dans une matrice linéaire formée de moellons en granite.
L'aire de galets étudiée en 2007 a fait l'objet d'un prolongement d'étude.
D'autres petites lames de hachettes polies ont pu être découvertes. Elles formaient un dépôt unique.
La plupart est effectuée en fibrolite (bretonne ou ibérique) et une petite herminette a été confectionnée à partir d'une éclogite d'origine alpine.
Un curieux objet poli en schiste a aussi été découvert parmi cet ensemble.
A la base du M10, deux meules ont été déposées.
L'une d'entre elles avait sa partie fonctionnelle contre terre. Elle a été volontairement retournée.
En 2010, l'extension de la fouille a concerné la partie médiane du dispositif de pierres dressées.
En 2010, l'extension de la fouille a concerné la partie médiane du dispositif de pierres dressées.
La fouille a permis de confirmer l'insertion de la file de pierres dans une semelle de moellons.
Au pied de certains blocs, un amas de coquillages a pu être mis en évidence. Il s'agit des restes de la consommation de coquillages d'une personne, une fois.
Un autre dépôt de coquillages.
Utiliser l'ascenseur à droite
Les phases de mise en place de la file de pierres dressées ont pu être reconnues.
• Après le creusement d'une gouttière dans un sédiment compacté placé juste au-dessus du granite, quelques pierres plates ont été déposées de façon à permettre le glissement de blocs.
• Les blocs ont été ensuite érigés avec, parfois, un calage d'appui, des dépôts d'objets ou de coquillages étaient associés à certains blocs.
• La chaussée empierrée a ensuite été posée, une aire de galets a été disposée à proximité du bloc M10, sur son côté ouest.
• Des dalles plates d'allure anthropomorphe ont été positionnées à la limite de la semelle de pierres. Elles ont toutes été abattues.
Toutes ces phases se situent dans la première moitié du 5e millénaire av. J.-C. Mille ans plus tard, les lieux vont être modifiés par l'adjonction de blocs de granite couchés, de façon à former un mur. La fonction symbolique est perdue, les blocs érigés servent d'arêtes à la construction d'un mur qui limitait un espace. C'est une situation identique à celle du Douet.
Les membres de la fine équipe posent pour vous.
L'histoire (la préhistoire) n'est pas finie. Rendez-vous au printemps 2011.