Des représentations humaines au Magdalénien
Quels sont les enjeux dans l'acte de se représenter
pour les sociétés du Paléolithique supérieur ?
Diaporama support de la conférence de
Oscar Fuentes
pour les Cours du Mardi du GVEP
7 décembre 2010
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Elle porte sur la représentation du corps humain dans l'art magdalénien et plus particulièrement sur l'humain représenté par sa silhouette.
Le point que je souhaiterais soulever est :
Quels peuvent être les enjeux de la représentation humaine lorsque l'on interroge les documents, et si une analyse du traitement de l'image pourrait nous aider à cerner des structures de représentation, des choix de traitement, peut-être révélateurs de groupes humains.
A chaque époque, la représentation humaine a occupé une place particulière dans l'art.
Les iconographies se sont souvent retrouvées au service de croyances, de mondes symboliques, traduisant ainsi le rôle de l'image.
La forme humaine est donc un moyen de représentation obéissant à des codes propres.
Dans le cadre de cette conférence, j'ai choisi de traiter une approche particulière du traitement du corps humain, celui de figurer la silhouette de manière détaillée, montrant une image complexe de l'image humaine, proche d'un certain réalisme.
L'autre enjeu important dans l'abord des silhouettes c'est la définition des termes, et plus particulièrement, comment déterminer un humain ? A partir de quand parle-t-on de figure humaine? Qu'est-ce qui définit un humain?
Selon L. Pales : le cadre d'une silhouette et ses éléments discriminants.
Cette définition qui permet de déterminer un humain est couplée avec une décomposition de la silhouette humaine permettant une étude par critères anatomiques, ce qui nous permet de souligner des détails et des composantes de la silhouette.
Cette double approche de l'étude de l'image permet de jouer avec la quantité des détails anatomiques.
Cette double approche il faut bien évidemment l'associer à une analyse de la forme, de la nature de la forme, puis les éléments extrinsèques de la silhouette : support, technique, contextes…
369 figures
50 sites :
27 sites d'art pariétal
23 sites d'art mobilier
Des foyers importants : 3 ensembles
Poitou-Charente,
Périgord (Combarelles…)
pourtour Pyrénéen (Marsoulas…)
La face humaine est aussi présente, mais moins nombreuse… plus souvent moins détaillée que le profil….
Les yeux sont l'élément de loin le plus récurrent, tandis que l'oreille est quasiment absente…
Prédominance de la tête humaine de profil dans le corpus…
L'idée de portrait, en buste ou du visage seulement, est donc une possibilité, puisque le profil isolé est un genre très utilisé par les magdaléniens….(peint, gravé…).
Pour peut-être mieux approcher la grande variabilité des formes humaines au magdalénien, nous avons modélisé sur un axe horizontal les différents styles de représentation, de manière dynamique, en proposant des transformations progressives de l'image en partant d'un idéal qui n'existe pas.
Quelles sont les silhouettes qui s'en approchent, et quelles sont celles qui s'en éloignent et comment ?
Ces familles proposées sont-elles révélatrices de territoires culturels marqués par des choix de traitement ?
Est-il possible de retranscrire ces images comme des avatars représentant l'identité culturelle partagée d'un groupe ?
Un même contexte archéologique,
une même façon de représenter l'humain
Que ce soit sur des figures partielles ou complètes, la quasi globalité des silhouettes offre une tendance marquée vers la recherche de l'être humain sans détours, plutôt que d'une tendance à déformer le corps et les critères anatomiques.
Les silhouettes des femmes sculptées, panneau extraordinaire, montre cette dualité iconographique de représenter des corps symbolisés. Chacune est marquée par des détails anatomiques renvoyant à des informations différentes, révélant des états de la femme, panneau montrant l'image de la femme d'une manière très dynamique.
Les nombreuses silhouettes humaines du Roc-aux-Sorciers, de La Marche, mais aussi des Fadets, nous présentent une grande richesse de représentations, caractérisées par des détails anatomiques rares : oreilles, commissure des lèvres, narine, différents types de coiffures et de cheveux, attitudes, gestuelles et expressions du visage…
3 sphères possibles :
Une marquée par les sites de la Vienne, marquée par une prédominance presque exclusive du type figuratif réaliste, peu d'imaginaire, pas de figure composite, et un seul profil de type bestialisé.
Comment peut-on aborder cette spécificité territoriale ?
Quelle en est la pertinence, et à quoi rattacher cette tendance qui la caractérise ?
Cette mise en perspective de ces représentations humaines se rapprochant d'un certain réalisme, nous amène à nous interroger sur l'individu et sur son avènement dans l'art magdalénien des chasseurs cueilleurs mobiles de la Vienne.
De tout cela découle une des particularités du genre portrait : dépasser son existence, vaincre en quelque sorte la mort, la disparition de soi, de l'autre…
Peut-être le temps qui passe, les proches que l'on perd, la connaissance de l'éphémère, ont-ils conduit certains groupes humains à développer un sentiment d'existence, d'avènement de soi, donc à une tentative de relater le passage de l'autre comme un cri, un témoignage poignant de son existence sur cette terre….
Ce sont autant de comportements, de traits anatomiques, de détails de vêtements, de positions, des préhension d'objets ... comme une humanité vivante, reconnaissable.
Ces séries de silhouettes très représentatives de l'humain correspondent pour nous à la tendance marquée de vouloir tendre vers l'individu figuré. Au sein de ce site, nous voyons donc, à travers cette homogénéité figurative, apparaître l'introduction de l'individu dans l'image. Ainsi
la figure humaine est portée non plus comme objet de la représentation, mais comme sujet même de celle-ci. Non plus comme un moyen, mais comme une finalité.
Pour que cette apparition de l'individu dans l'art puisse se réaliser, il faut que les conditions sociales aient pu permettre/autoriser cette avènement. Ainsi, de fait, l'introduction dans le paysage iconographique de l'individu, est la traduction mais aussi la marche de modification de la structure sociale, peut-être même familiale et politique.
Car ces images participent à l'éclosion probable du portrait, notion intéressante et déjà utilisée par Suzanne Cassou de Saint-Mathurin. Le portrait assume des fonctions différentes et sa nature se modifie même selon les contextes sociaux au service desquels il se met. Le portrait est une expression humaine qui évoque l'idée de la mort et de la survie. Par là il peut être l'expression particulière de la transmission du souvenir. Il n'y a pas de perte d'identité, mais une volonté de léguer des traits à la postérité, surpassant ainsi l'éphémère qu'est la vie. Mais le portrait est aussi un moyen d'exprimer des conceptions qui régissent l'organisation sociale avec l'individualisation des couches sociales, évoquant le rapport qui existe entre l'image figurée et celui qui « fait ».
Comme l'évoquait L. Pales déjà au sujet de quelques figurations humaines portant des stries et des tracés sur le corps, nous pouvons penser alors, que ces détails portés sur la figure peuvent peut-être participer à matérialiser des corps marqués de tatouages, ou scarifications. Entre portrait et individu, ces détails nous ouvrent peut-être de petites portes sur l'approche des structures sociales. Les sociétés qui utilisent les marquages corporels sont nombreuses et expriment des langages visuels qui sont généralement immédiatement compris par les personnes appartenant à la même culture. Rites de passage, changements, statuts, les marques corporelles sont des marques de souvenir, de mémoire, mais aussi de la place qu'occupe la personne au sein du groupe. P. Clastres parlait en 1974 dans son livre « La société contre l'état », de support de mémoire, d'une loi comprise par tous, édictée par la collectivité et comprise par elle.
Ces silhouettes humaines nous révèlent une expression forte de la représentation. L'art représentatif est toujours l'éloge de qu'il montre, sinon, il ne s'y intéresse pas.
Ainsi le regard se porte sur l'individu, celui-ci mérite d'exister.
Une double approche dans l'univers iconographique se tisse. En effet, la revendication de l'individu ne signifie pas que seul l'individu compte et il ne s'agit nullement d'un coup, du renoncement du sens commun.
L'acte de figurer l'individu introduit la notion de revendication, la revendication forte de celui qui, peut-être, manifeste au sein d'un groupe la volonté de ne pas se soumettre à la tradition régente.
Ainsi au Roc-aux-Sorciers comme à la Marche, des individus ancrés dans leur tissu social et culturel, ont marqué du geste de l'artiste, une revendication, une révolution de l'esprit, une révolution sociale : celui par le geste, de montrer le visible.
Figurer son image, ou son prochain, caractérise l'individualité du représenté (par des détails) mais aussi l'individualité du représentant car il s'agit alors d'un certain regarde porté sur soi, à un moment donné, d'un point de vue donné.
Peut-être faut-il voir dans cette expression revendiquée de l'individu dans l'art, un lien fort avec le contexte artistique dont sont issus ces images, où l'artiste magdalénien du Roc-aux-Sorciers a développé une expression sculptée si majestueuse, si monumentale, qu'il s'agit peut-être d'un maître, ou d'un groupe d'individus revendiquant également un savoir-faire maîtrisé et décorant ainsi la paroi calcaire d'un lieu collectif, d'un lieu habité.
Le savoir-faire et la maîtrise de l'artiste sont donc peut-être l'une des conditions qui ont permis l'avènement de l'individu dans l'art.
A chaque époque, la représentation humaine a occupé une place particulière dans l'art.
Les iconographies se sont souvent retrouvés au service de croyances, de mondes symboliques, traduisant ainsi le rôle de l'image. La forme humaine est donc un moyen de représentation obéissant à des codes propres.
A chaque époque, la représentation humaine a occupé une place particulière dans l'art. Les iconographies se sont souvent retrouvés au service de croyances, de mondes symboliques, traduisant ainsi le rôle de l'image.
L'image du corps humain a donc joué son rôle de support d'idée, stéréotypée.
Qu'en est-il pour la période pléistocène ?
A chaque époque, la représentation humaine a occupé une place particulière dans l'art.
Les iconographies se sont souvent retrouvées au service de croyances, de mondes symboliques, traduisant ainsi le rôle de l'image. La forme humaine est donc un moyen de représentation obéissant à des codes propres.
Bien entendu, lorsque l'on s'intéresse à la silhouette humaine, on est tout de suite frappé par des constantes et des particularités, qui nous amènent à poser les termes que nous employons et à trouver un cadre méthodologique et théorique qui puisse être structuré, mais en même temps assez souple pour ne pas réduire ou écarter des points intéressants, et tout d'abord l'incidence forte entre sujet représenté, et contexte culturel de la recherche dans lequel s'inscrit celui qui regarde.
L. Mascré et A. Rutot proposent un portrait de la femme à la corne de Laussel (S. Loizeau, 2003, p. 108)
cf. W. Deonna : L'indétermination primitive dans l'art grec (1912)
À chaque époque, la représentation humaine a occupé une place particulière dans l'art.
Les iconographies se sont souvent retrouvées au service de croyances, de mondes symboliques, traduisant ainsi le rôle de l'image. La forme humaine est donc un moyen de représentation obéissant à des codes propres.